Par Ramon Martins Andrade, avocat au barreau de Rio de Janeiro (OAB/RJ 188.374)

Avant de comparer les prix, les cliniques et les photos, il existe une question plus utile et beaucoup moins posée : au Brésil, qui a légalement le droit d’opérer votre visage ? La réponse n’est pas « un chirurgien ». Elle dépend de la profession, du titre de spécialiste et, depuis mars 2026, d’une spécialité qui n’existait pas auparavant. Ce texte explique le cadre en vigueur et, surtout, comment le vérifier vous-même avant de réserver.

Trois professions, trois cadres différents

Au Brésil, chaque profession de santé est encadrée par son propre conseil fédéral, qui publie des résolutions. Le médecin relève du CFM, le chirurgien-dentiste du CFO, l’infirmier du Cofen. Ces textes sont publics, numérotés et consultables. C’est le point de départ : l’autorisation d’un acte esthétique ne se déduit pas du diplôme en général, mais d’un texte précis.

Le chirurgien-dentiste : une frontière déplacée en mars 2026

La Résolution CFO-230/2020 interdisait au chirurgien-dentiste une liste d’actes chirurgicaux du visage. Dans sa rédaction actuelle, donnée par la Résolution CFO-285/2026, l’article 1er interdit toujours « alectomie ; blépharoplastie ; chirurgie de Castañares ou lifting des sourcils ; otoplastie ; rhinoplastie ; ritidoplastie ou face lifting ».

Mais le même article comporte désormais un alinéa unique décisif : cette interdiction « ne s’applique pas au chirurgien-dentiste dûment enregistré comme spécialiste en Chirurgie Esthétique Orofaciale », ni aux spécialistes en Harmonisation Orofaciale et en Chirurgie et Traumatologie Buccomaxillofaciale, pour les actes que leurs normes respectives leur attribuent.

Cette spécialité a été créée par la Résolution CFO-286/2026. Son article 4 énumère les actes autorisés au spécialiste : chirurgies périlabiales, bichectomie, lipoaspiration et lipectomie cervicales et faciales, lipogreffe faciale, platysmoplastie, cervicoplastie, otoplastie, blépharoplastie inférieure et supérieure, élévation du sourcil, ritidectomies et lifting facial, rhinoplasties. La formation exigée est lourde : 3 000 heures sur 36 mois au minimum, douze étudiants par promotion au maximum, un enseignant pour quatre étudiants en pratique.

Le détail qui vous concerne directement : le lieu

La même résolution définit trois types d’environnement selon la lourdeur de l’acte. Le type I, pour les actes les plus légers, sous anesthésie locale uniquement, avec une salle d’au moins 9 m². Le type II, avec sédation, exige au moins 12 m², des gaz médicaux (oxygène, vide, air comprimé), une alimentation électrique de secours, une salle de réveil post-anesthésique d’au moins 10 m² par lit, et un chariot d’urgence avec défibrillateur. Le type III exige une salle opératoire d’au moins 20 m², un lavabo chirurgical, un vestiaire de barrière et un moniteur cardiaque multiparamétrique.

L’article 10 prévoit que ces environnements « seront obligatoirement contrôlés par les Conseils Régionaux d’Odontologie », qui peuvent ordonner la suspension conservatoire de l’activité jusqu’à régularisation. Pour un patient étranger, c’est la règle la plus facilement vérifiable de toutes : l’acte que l’on vous propose et la salle où il sera réalisé doivent correspondre.

L’infirmier : une liste fermée de dix actes

La Résolution Cofen nº 529/2016, dans sa version consolidée (modifiée par les Résolutions Cofen nº 626/2020 et nº 715/2023), énumère au § 1er de son article 1er les actes esthétiques que l’infirmier habilité peut réaliser : carboxythérapie, cosmétiques, cosméceutiques, dermopigmentation, drainage lymphatique, électrothérapie, thérapie combinée ultrasons et microcourants, micropigmentation, ultrasons cavitationnels, vacuothérapie.

Dix actes. Ni la toxine botulique, ni les produits de comblement, ni l’acide hyaluronique, ni les stimulateurs de collagène, ni les fils tenseurs n’y figurent — dans aucune disposition du texte. Le § 2 du même article réserve d’ailleurs expressément les actes médicaux de la loi 12.842/2013, à l’intérieur même de la norme du conseil infirmier. L’article 4 exige en outre un troisième cycle en esthétique comportant au minimum 100 heures de pratique supervisée.

Une précision d’honnêteté : ce cadre est contesté

Il serait commode de présenter ces règles comme stables. Elles ne le sont pas. Les frontières entre professions font l’objet de litiges en cours devant la justice fédérale brésilienne, et les conseils eux-mêmes sont parties à ces procédures. Aucune conclusion n’est tirée ici sur ces affaires, et aucune décision n’est décrite : le seul point utile pour un patient est que le cadre peut évoluer, et qu’il convient de vérifier la norme au moment de la consultation, et non de se fier à un article — celui-ci compris — lu plusieurs mois plus tôt.

Ce qu’il faut demander avant de réserver

Quatre questions, dans cet ordre, et elles se posent par écrit — un message conserve une trace, une conversation téléphonique non :

  • Quelle est la profession du praticien et son numéro d’inscription au conseil ? Médecin (CRM), chirurgien-dentiste (CRO) et infirmier (Coren) ont des numéros distincts, vérifiables en ligne.
  • Quel titre de spécialiste est enregistré, et pour quelle spécialité ? Au Brésil, le titre s’enregistre auprès du conseil ; ce n’est pas la même chose qu’un certificat de formation.
  • Quelle norme autorise précisément l’acte proposé ? Une réponse utile est un numéro de résolution et un article. « C’est autorisé » n’en est pas une.
  • Où l’acte sera-t-il réalisé, et sous quelle anesthésie ? Le type d’anesthésie détermine les exigences de la salle.

Aucune de ces questions n’est agressive, et un établissement sérieux y répond sans difficulté. L’absence de réponse écrite est, en soi, une information.

Et si quelque chose se passe mal

Deux voies existent et ne se confondent pas. La voie disciplinaire, devant le conseil professionnel, sanctionne le manquement à la norme, y compris sans dommage corporel. La voie civile vise la réparation d’un préjudice et suppose un dommage et un lien de causalité. Un acte irrégulier sans dommage relève de la première et non de la seconde — et un dommage survenu lors d’un acte parfaitement régulier peut relever de la seconde.

Pour le reste du cadre applicable aux patients venus de l’étranger — dossier médical, consentement, preuves à conserver —, voir chirurgie esthétique au Brésil : les droits que les patients étrangers ignorent avoir et la page clients internationaux. La version brésilienne de la question dentaire est détaillée dans un texte en portugais consacré à la nouvelle spécialité.

Ce contenu a un caractère purement informatif et éducatif ; il ne constitue ni une consultation juridique, ni une publicité de résultats, ni une garantie de succès, aux termes du Provimento 205/2021 de l’OAB (Ordre des avocats du Brésil).