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Près de cinq millions de Brésiliens vivent aujourd’hui hors du pays. Beaucoup découvrent, à un moment donné, une chose que les systèmes de santé de leur pays de résidence expliquent rarement : quitter le Brésil ne signifie pas perdre son lien avec la santé brésilienne.

Chaque année, des Brésiliens repartent, temporairement, pour se soigner. Certains viennent chercher un diagnostic qui, là où ils vivent, coûterait cher ou prendrait des mois. D’autres viennent poursuivre un traitement continu. Beaucoup viennent pour des interventions qu’ils ont choisi de réaliser ici : une chirurgie esthétique, un traitement dentaire, un protocole qu’ils confient plus volontiers à un professionnel brésilien. Ce phénomène a un nom : le retour sanitaire (retorno sanitário), le déplacement temporaire ou récurrent de Brésiliens résidant à l’étranger, motivé principalement par l’accès aux services de santé du pays d’origine.

Le concept est né d’une recherche universitaire menée à l’ENSP/Fiocruz sur la diaspora brésilienne et le droit à la santé. Ce texte en présente la dimension pratique : ce qu’un Brésilien de l’étranger peut obtenir au Brésil, avec quel appui juridique, et que faire lorsque les soins recherchés ici ne se passent pas comme ils le devraient.

Le droit qui ne repart pas avec vous

La Constitution brésilienne de 1988 a défini la santé comme un droit de tous et un devoir de l’État, et le Système unique de santé (SUS) a été construit sur le principe d’universalité. Ce que la plupart des émigrés ignorent : ce lien ne se dissout pas avec le changement d’adresse. Le Brésilien qui réside à l’étranger reste titulaire du droit à la santé au Brésil, et, en pratique, peut être pris en charge par le SUS lorsqu’il se trouve sur le territoire national, comme tout citoyen.

Cela a des conséquences concrètes. L’émigré confronté à des obstacles dans son pays de résidence, assurances coûteuses, éligibilité restreinte, files d’attente, traitements non couverts, conserve au Brésil une porte qui ne s’est pas refermée. Pour les traitements continus, comme ceux du VIH/sida, domaine où le Brésil a bâti l’une des politiques d’accès les plus reconnues au monde, cette porte peut faire la différence entre la continuité et l’interruption des soins.

Les accords que peu connaissent : le CDAM

Il existe aussi une dimension internationale. Le Brésil maintient des accords bilatéraux de coopération en santé avec des pays comme le Portugal, l’Italie et le Cap-Vert, mis en œuvre par le Certificat de droit à l’assistance médicale (CDAM), un document qui permet à un Brésilien d’être pris en charge dans le système public du pays partenaire dans des conditions semblables à celles des ressortissants, et réciproquement. Au Portugal, il est connu sous le nom de PB4, et en Italie sous celui d’IB2. Pour la vaste communauté brésilienne au Portugal, par exemple, connaître cet instrument change le calcul de comment et où se soigner.

Le retour qui est aussi chirurgical, dentaire et esthétique

Le retour sanitaire ne se limite pas au traitement des maladies. Une part importante de ces déplacements concerne des interventions non urgentes : chirurgie esthétique, soins dentaires, protocoles esthétiques. Les raisons sont connues de ceux qui vivent à l’étranger : le coût, la langue, le réseau familial qui soutient la convalescence, la confiance dans la technique brésilienne dans des spécialités où le pays fait référence.

Ces déplacements relèvent d’un exercice légitime du droit à la santé. Mais ils portent une dimension que presque personne n’aborde avant de partir : lorsque quelque chose tourne mal, la distance devient une partie du problème.

Quand les soins échouent et que le patient est déjà reparti

Imaginez la situation, plus fréquente que les statistiques ne le montrent : une Brésilienne qui vit à Londres vient à Rio pendant ses vacances, subit une chirurgie esthétique, et la complication survient trois semaines plus tard, alors qu’elle est déjà rentrée à Londres. Qui répond du suivi postopératoire ? Comment obtenir le dossier médical à six mille kilomètres ? Comment contester juridiquement le résultat sans pouvoir se présenter ?

C’est la vulnérabilité propre au patient transnational : l’asymétrie d’information est plus grande, le suivi postopératoire plus fragile, l’accès aux documents plus difficile, et le coût de revenir pour traiter la complication, ou pour demander réparation, s’ajoute au préjudice lui-même. C’est une vulnérabilité réelle, mais non une impasse. Quelques points que tout patient dans cette situation devrait connaître :

Une intervention réalisée au Brésil est soumise au droit brésilien. La responsabilité du professionnel et de la clinique, le devoir d’information sur les risques, le droit au dossier médical : tout cela vaut pour le patient résidant à l’étranger exactement comme pour le résident au Brésil, et peut s’exercer à distance, par représentation. La distinction centrale entre erreur, complication et insatisfaction qui structure les affaires d’interventions esthétiques s’applique pleinement ; et le devoir d’information prend un poids supplémentaire lorsque le professionnel savait que le patient partirait sous quelques jours et ne pourrait pas assurer le suivi recommandé.

La documentation, ici, compte encore davantage. Pour qui s’apprête à voyager après une intervention : emportez une copie du dossier médical, des examens, du formulaire de consentement éclairé et des consignes de sortie avant de partir. Documentez la période postopératoire par des photographies datées. Conservez vos échanges avec la clinique. Le patient transnational qui documente protège à la fois sa santé, le professionnel qui le prendra en charge à l’étranger aura besoin de cet historique, et ses droits.

Assurances santé, médicaments et le patient qui circule

Il y a aussi le Brésilien qui conserve une assurance santé brésilienne tout en vivant à l’étranger, ou qui revient et en souscrit une à nouveau. Pour lui valent les discussions traitées dans notre pratique pour les clients internationaux : refus de couverture, médicaments à coût élevé, augmentations abusives. Résider à l’étranger ne retire pas au consommateur brésilien la protection du droit de la consommation brésilien sur les contrats conclus ici.

Un phénomène invisible dans les statistiques, et visible dans les cabinets

La recherche à l’origine de ce concept a constaté une chose révélatrice : il n’existe au Brésil aucun registre administratif qui recense le retour sanitaire. Les milliers de Brésiliens qui reviennent se soigner sont invisibles dans les statistiques officielles, mais parfaitement visibles dans les cliniques, les cabinets et, lorsque quelque chose échoue, dans les cabinets d’avocats. Nommer le phénomène est le premier pas pour que ces patients cessent d’être des cas isolés et deviennent ce qu’ils sont : une population aux droits spécifiques et aux vulnérabilités spécifiques, qui mérite une information à sa hauteur.

Avant de conclure

Si vous vivez à l’étranger et envisagez de vous soigner au Brésil, renseignez-vous avant de partir, sur ce que le SUS propose, sur les accords avec votre pays de résidence, sur la manière de documenter une intervention non urgente. Et si vous avez déjà subi au Brésil un traitement qui ne s’est pas passé comme il le devait, la distance n’a pas éteint vos droits : elle exige seulement qu’ils soient exercés avec méthode. Le cabinet est disponible pour une analyse responsable de votre situation, y compris à distance.

À propos de l’auteur

Ramon Martins Andrade (OAB/RJ 188.374) est avocat diplômé de l’UFRJ en 2011, titulaire de masters de l’Université Sorbonne Nouvelle et de l’École de guerre navale du Brésil (EGN). Il est actuellement chercheur en droits humains et santé à l’ENSP/Fiocruz, où le concept de retour sanitaire est né de ses recherches au sein de groupes d’étude sur la diaspora brésilienne et l’accès aux soins.

Ce contenu a une vocation purement informative et éducative. Il ne constitue pas une consultation juridique, une publicité de résultats ni une garantie de succès dans des procédures, au sens de la Disposition 205/2021 de l’Ordre des avocats du Brésil (OAB).